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Métropolis

institut moreira sallesRio déborde de lieux à son image : de véritables petits coins de paradis encadrés par une végétation luxuriante propice à l’alanguissement.
Le cadre extraordinaire de l’Institut Moreira Salles est une véritable invitation à adopter la douceur de vivre carioca, un lieu où le temps n’a plus besoin d’être imploré pour être généreusement suspendu. Parfait pour un déjeuner ou un thé énamourés près d’un cours d’eau à peine chloré, une projection presque privée ou pour déambuler dans des salles d’expositions judicieusement programmées, ce centre culturel très entreprenant est un bijou de l’architecture brésilienne des années 50 , oeuvre de Redig de Campos. Initialement possession enviée de l’influente famille de banquiers philanthropes Moreira Salles (dont le fils Walter est le réalisateur de “Central Do Brasil” et de “Carnets de Voyages”), la maison a été agrandie pour y aménager des salles d'exposition, une bibliothèque, des archives de littérature et architecture, un laboratoire de conservation et restauration, un restaurant et une librairie. 
En ce moment et jusqu’au 25 juillet, vous pouvez profiter de l’exposition sur la construction de Brasilia dont la capitale vient de fêter, le 21 avril dernier, ses 50 ans. Véritable joyau futuriste imaginé par Oscar Niemeyer, l’élève bétonné du Corbusier, Brasilia fût construite en seulement 3 ans et demi à la sueur du front des ouvriers pour délocaliser l’activité économique principalement concentrée sur les zones côtières à Rio ou Sao Paulo. 150 documents inédits de cette période de construction sont exposés ainsi que des oeuvres symbolisant la capitale depuis ses 50 dernières années. Une exposition en forme de retour vers le passé.

Instituto Moreira Salles : rua Marquès de Sao Vicente, 476 - Gavéa - CEP 22451-040 - Rio de Janeiro

 

 

Land Art

gordon matta clarkrebecca horn

En 1968, Gordon Matta-Clark poursuit des études de littérature à la Sorbonne quand le joli mois de Mai révolutionna ce que l’on sait. Très influencé par cette période parisienne et par l’émergence de la pensée des déconstructivistes et des situationnistes de Debord, l’artiste américain, symbole du renouveau de l’art des années 70, radicalise les pratiques artistiques en multipliant les interventions urbaines. De ses célèbres «building cuts», intervention dans des constructions abandonnées à une œuvre comme Open House (1972), une benne à ordures transformée en espace de vie, ces réalisations résonnent 40 ans après à nos oreilles sensibilisées comme la vision avant-gardiste d’un artiste engagé, dénonçant pour l’un la politique du logement nord-américaine, pour l’autre le problème du recyclage des déchets. L’artiste allemande Rebecca Horn, de l’autre côté, débute un travail diamétralement opposé à l’aube des années qui ont vu disparaître le new-yorkais. Marquée par un séjour prolongé en sanatorium, l’artiste use de tous les médias possibles ( vidéos, photos, performances, sculptures ...) pour exprimer son rapport particulier au corps et à l’espace qui enferme et emprisonne. Elle tente de conjurer le sort en mettant en scène sa propre personne créant des body sculptures, des extensions de son propre corps allant jusqu’à la prothèse. Les 2 artistes géographiquement éloignés mais intrinsèquement engagés sont réunis pour deux expositions ce mois-ci à Rio, un repos du guerrier bien mérité dans une ville qui délivre ceux qui ont passé leur vie à regarder à côté.

Gordon Matta-Clark "Desfazer o espaço" au Paço Impérial jusqu’au 25 juillet - Rebecca Horn "Rebeliao em Silencio"  au Centro Cultural Banco do Brasil jusqu’au18 juillet.

 

Amour, gloire et beauté recyclés

passioneContrairement aux idées reçues, la télénovela brésilienne n’est pas la sœur jumelle d’un éternel feu de l’amour. Elle dure rarement plus d’une ou deux saisons et est unanimement regardée par tous les milieux sociaux. C’est un véritable phénomène culturel, finalement plus proche des tragédies cathartiques grecques que des sagas de l’été sucrées mielleuses et sirupeuses qui n’ont pas, hélas, que le mauvais goût de faire grossir. Sensible à la culture de masse, l’artiste plasticien brésilien Vik Muniz interroge la manière dont est construite l’information visuelle. Ce new-yorkais d’adoption travaille à partir de matériaux improbables pour recréer des images issues de notre mémoire collective et en exposer ensuite leurs photographies. Naissent des images subversives qui ne racontent pas seulement ce que l’on croit y voir au premier regard.

Deux mondes qu’à priori tout oppose mais qui fusionne autour du générique du nouveau succès de TV Globlo, la télénovela : Passione (voir ci-dessous). «Avoir une de mes œuvres en ouverture de Passione, c’est l’exposer chaque jour à un public de 80 millions de spectateurs » déclare l’artiste dont l’œuvre aura nécessité 2 mois de travail et 4, 5 tonnes de détritus pour sa réalisation ! Mais ce qu’il ne dit pas, au-delà de l’intérêt évident pour la visibilité de son travail, est qu’il permet de sensibiliser au problème particulièrement inquiétant à Rio, du recyclage des déchets. Thème qu’il avait déjà abordé et même porté jusqu’au Festival de Berlin avec le documentaire « Waste Land » réalisé pendant la création identique d’une œuvre précédente : « L’assassinat de Marat ». Une histoire de passion, de trahison et de lutte des classes qui pourrait bien inspirer une prochaine télénovela.

 

Le Procès

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Ma liste de vilains défauts s’agrandit avec cette semaine l’excès de confiance en soi qui vient remplacer la curiosité. Alors que j’allais, dimanche soir dernier, assister les mains dans les poches mais vide de billets, à la dernière représentation de « Otro» du metteur en scène Enrique Diaz à l’Espaço Cultural Sergio Porto, dans le quartier d’Humaïta, je fus prise en flagrant délit. Persuadée que trois mois m’avaient suffi  pour appréhender la qualité de l’offre culturelle de cette ville et surtout l’intérêt que lui portaient ses habitants, l’expression d’incompréhension face à  la pancarte « completo » pourtant simple à comprendre, me fit me sentir dans la peau d’une jeune néophyte  qui découvre un monde qu’elle ne soupçonnait même pas. Chute vertigineuse mais dont la leçon a néanmoins le goût agréable de l’enfance. Pourtant cet épisode est plus marquant et signifiant qu’une simple soirée ratée puisqu’il m’avait sans le vouloir projeté, parallèlement, dans l’univers de Diaz. Le spectacle proposé ce soir-là, et d’ores et déjà acheté par la Ferme du Buisson et Le Maillon de Strasbourg, traite de l’identité, de la difficulté d’être, du conflit et de la lutte pour l’obtention de son espace propre et de sa liberté. Mêlant généreusement une narration anarchique (formée à partir d’un travail d’improvisation), silencieuse et dansée à des repères théâtraux et à un accompagnement musical et visuel omniprésent,  Otro, (l’autre) si je l’avais vu, m’aurait certainement raconté que parfois les mots sont insuffisants pour dire que l’enfer n’est pas forcément les autres.

 

Action ou vérité?

jesus-na-cruz_pai-porque-me-abandonastesLe Festival du film documentaire « E tudo verdade» qui vient de débuter le 09 avril dernier à Rio, semble à travers son titre nous promettre toute la vérité, rien que la vérité. Avec un panorama de 71 films provenant de 27 pays différents, la quinzième édition d’un des festival les plus important au niveau international, tient effectivement sa promesse de refléter un certain état du monde : pour preuve, le nouveau film du polémique mais palmé Mickael Moore sur le capitalisme, VJS Myanmar, sur la dictature birmane et nommé aux Oscars ainsi qu’un panorama de films sud-américains sur l’évolution d’un continent en plein essor mais dont les stigmates du passé sont encore bien présentes. Malgré une programmation passionnante, on ne peut s’empêcher de rester dubitatif devant le titre du festival qui impose sa vérité, ici plus proche d'un Godard pour qui le cinéma propose 24 fois la vérité dans une seconde, que de l’écrivain polonais Andrzej Stasiuk pour qui « il y a une certaine hypocrisie dans le fait d’exiger (…) une seule et unique vérité, alors que nous nous contentons de nos propres vérités, qui collent aux circonstances. ». La réponse à cet eternel débat entre fiction et réalité est peut-être à trouver dans la rétrospective que le festival offre en parallèle à l’œuvre du filmeur Alain Cavalier, qui débuta sa carrière par la fiction pure pour se rapprocher sans cesse par le documentaire et par le concours du film de sa propre vie du cœur inconnu de la Vérité, de sa vérité.

Festival « E tudo verdade » du 9 au 18 avril à Rio de Janeiro.


 
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