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Tout est calme

franck-loriouOn ne sait si le titre du livre de photographies de Franck Loriou est emprunté à l’insomnie de Yann Tiersen ou bien si celui dont le travail est essentiellement connu pour ses portraits d’artistes a choisi symboliquement, un peu comme on tue la mère ou le père, de faire disparaître l’humain au profit d’instants suspendus entre absence et silence. Comme si le paysage, le décor ou le cadre le plus intéressant était celui que l’homme aurait décidé d’abandonner. La place est libre pour l’imagination, heureuse issue qui nous sauve souvent de la violence d’un réel trop éprouvant. Une sorte de livre ouvert sur l’intranquillité que Claude Régy s’approprie et exacerbe en mettant en scène le poème chaotique de Pessoa «Ode maritime». Celui qui a déjà assisté à un spectacle de Claude Régy sait l’atmosphère particulière dans laquelle est plongé le spectateur : un espace temps redéfini, épuré et ralenti pour remettre au cœur de tout la parole, le sens et le rythme. Une mise en scène finalement romantique du texte que le poète John Keats, l’amoureux de l’obscur, celui «dont le nom était écrit sur l'eau» et que Jane Campion remet à l’honneur dans «Bright Star» n’aurait pas renié pour y entendre résonner l’éclatante beauté de ses vers. Si tout est calme cette semaine, la tempête n’est pas loin, qu'elle dure 3 jours...ou 50 ans...

« Tout est calme» de Franck Loriou

"Ode maritime" de Fernando Pessoa, ms Claude Régy au Théâtre de la Ville du 8 au 20 mars 2010

 

Les malheurs de Sophie

expo-purple-nyPetites filles modèles et bonnes manières n’ont jamais suscité beaucoup d’intérêt chez Olivier Zahm, fondateur de Purple magazine et photographe en sus. Plus à l’aise entouré de sublimes créatures à 4 pattes aboyant à moitié nues dans de longs couloirs somptueux d’hôtels décadents mais chics, plus alerte face à de jolies langues pendues, il n’en reste pas moins que le journal photographique de l’animal (visible sur Purple Diary) relève d’une parfaite maîtrise de la grande et petite histoire (considérant évidemment qu’ici la grande histoire est celle de la sphère des itboys&girls de la sphère mondaine et arty). Exposé jusqu’au 2 Janvier à la galerie Half en plein Lower East Side, il ne serait pas concevable d’imaginer terminer la visite de l’exposition sans un plongeon dans l’univers du Sieur, en dînant par exemple chez Freemans puis en réchauffant le cœur hivernal de new-yorkais en mal d’amour, en grimpant sauvagemment sur le bar de Lit Lounge.

Half Gallery, 208 Forsyth St / Lower East Side


 

Talkin' Bout a Revolution

Si votre chemin vous mène ces prochains jours plus volontiers vers Londres que Rome, ne ratez pas l’exposition «Fashion Revolution» au Somerset House de Londres jusqu'au 23 décembre, scénographié par le Showstudio de Nick Knight, l’un des photographes anglais les plus reconnus et innovants de sa génération. A l’image de son travail, l’exposition met en lumière un monde dont la perception doit changer, influencée par notre ère digitale, interactive et Web 2.0. Un monde qui doit dépasser ses représentations conventionnelles et revendiquer pleinement son influence sur le champ de la culture visuelle contemporaine et sa volonté de repousser les frontières de son champ d’intervention. Des installations interactives, des films, des performances et une programmation survoltée d’événements animent l’exposition... comme la possibilité d’assister au shoot de Natalia Vodianova pour Vogue par Nick Knight, de graffiter la statue de Naomie Campbell en live, de créer des images pour la tournée de Lady Gaga... Qu’un éminent photographe reconnaisse et favorise l’émancipation de la mode, qu’elle ne soit plus seulement l’apanage de ces derniers, est effectivement annonciateur d’une révolution en marche...

 

Highway to Hell

expo-conciergerieUne semaine fantomatique est en cours entre désespérance pré-festive et contexte météoro-médiatique déprimant. Un climat idéal pour réveiller l’esprit des morts et de vagues réminiscences de mysticisme pré-adolescent qu’un vent nostalgique vient de nouveau souffler dans nos bronches déjà fragiles. De nos propres fantômes du passé aux visions chateaubriandiennes en lieu du château de Combourg, deux écoles se disputent deux côtés antagonistes de la Force avec comme représentants idéaux la fille de Mr Gainsbourg pour les uns, les fils de Satan, littéralement la Vierge de fer ( !?!) pour les autres, mais pour qui indifféremment le ciel peut bien attendre...L’exposition “Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme” organisée dans le cadre du Nouveau festival du Centre Pompidou, offre jusqu’au 12 décembre la Conciergerie au chbague-diororégraphe Christian Rizzo pour une réflexion autour du thème de la hantise. Spectralement interprêtée par des artistes aussi divers que Maurizio Cattelan, Valérie Belin, Olaf Breuning, Merce Cunningham, Mario Garcia Torres ou Xavier Veilhan... comme autant de friandises qui sont bien loin de laisser un goût de Paradis. Un événement pour lequel une simple bague de Delfina Deletrez ou la "reine de Quartzie" de Victoire de Castellane pour Dior fera à merveille office de crucifix ou de gousse d’ail pour les plus superstitieux. Apparats inutiles lors de la prochaine Monumenta, au Grand Palais dès le 13 janvier, offerte cette année à Christian Boltanski. Plus radicale, se penchant du côté du vivant, du temps et de l’inéluctabilité de la mort en forme de «Etre ne plus», un peu comme Bartleby «préférait ne pas », l’installation abolit les illusions et les croyances pour nous mener directement en enfer.
 

Fou Dingue

foodingLe fooding a malgré lui souvent tendance à nous laisser le même goût mi-figue mi-raison dans la bouche : trop de monde, trop de mots de passe... pourtant l’approche d’une nouvelle cuvée reste excitante et continue à distiller des effluves de désirs ailés. Après une édition new-yorkaise très remarquée en septembre dernier au PS1 (vidéo ci-dessous), l’édition hivernale et parisienne a débuté hier sous le signe de l’incorrection... Des chefs déguisés vous donnent RDV à la magnifique piscine Molitor pour un bain de dégustation de produits jugés honteux ou inavouables, un bar à cognac et à tapas clandestin attend que vous trouviez le lieu secret où il réside, le lobbying de la viande chevaline espère redresser les torts qu’on lui fait et un Spa pur beurre imaginé par la chef Trish Deseine attendent le désormais graal, le mot de passe ou votre inscription sur le site http://www.lefooding.com/evenements.htm tous les jours à 10h pétantes pour le soir même.

Remise des décorations le 7 décembre pour un panorama des nouvelles adresses à découvrir d’urgence empreint du souvenir ému des éditions précédentes et de soirées gustativement mémorables au Chateaubriand, la Famille, les Papilles, Le comptoir du relais, le Transversal, Al taglio...

 

8 miles

miles-altridgeEn bon petit soldat, et en hommage aux origines latines du prénom, cette semaine est placée sous le signe de Miles qu’il s’agisse d’un nom ou d’une unité de longueur anglo-saxonne. Il y a 18 ans disparaissait le génial trompettiste Miles Davis, alors que d’autres tombent encore au combat. La Cité de la musique rend hommage jusqu’au 17 janvier prochain au révolutionnaire musical, à l’indépendantiste farouche au fécond parcours. Deux étages de témoignages, photos et enregistrements pour atteindre le graal en lieu de la dernière salle : la diffusion de son dernier concert parisien. A kind of blue(s) ! Miles Aldridge, photographe britannique né en 1964, vit et travaille à Londres. Depuis 1995, Miles se consacre à la photographie de mode pour des magazines aussi prestigieux que Vogue, V ou le New York Times Magazine. Son travail est présenté pour la première fois chez Colette du 9 Novembre au 5 décembre. Jeudi 19 novembre, Miles Aldridge, signera son livre édité par Steidl de 18h à 19h.

Pendant ce temps-là, à des miles anglo-saxons et au cœur d’une autre jungle, Miguel Chevalier transforme le Maison de la chasse et de la Nature en jardin botanique numérique, interactif, artificiel et multi sensoriel jusqu'au 3 janvier. S’intéressant aux thèses de Cézanne sur la géométrisation de l’espace, ses Fractal Flowers figurent des plantes imaginaires qui grandissent et meurent dans un cycle de vie conceptualisé en répondant aux mouvements des spectateurs. Accompagnés d’une musique créé pour l’exposition par Jacopo Baboni Schilingi et d’une diffusion olfactive créé par Annick Menardo, tous les sens sollicités nous rapprochent paradoxalement de l’intelligence artificielle, plus que des millions miles de Keziah Jones...



 
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